

Le soldat était fort peu discipliné, faute, sans doute, d'avoir connu la vie de caserne. Il témoigne peu de respect à ses supérieurs, il est volontiers hâbleur, chicanier, rouspéteur, susceptible sur l'honneur (les duels ne sont pas rares), méprisant, voire brutal envers le pékin, et pas seulement en pays ennemi.
Pillard par nécessité d'abord, on le devient ensuite par habitude et par goût ; les maréchaux ne montrent-ils pas l'exemple ? En 1809, lors de l'occupation de Vienne, certains détachements de la Grande Armée saisissent, aux portes de la ville, les chevaux des paysans qui viennent y porter leurs produits, et les revendent ensuite dans une sorte de marché aux puces qu'ils avaient ouvert devant la cathédrale. La maraude n'était d'ailleurs pas une spécialité française et, dans ce domaine, les Bavarois et les Wurtembergeois se sont acquis, en pays prussien, une réputation non usurpée.
A l'étape, tout appartenait au soldat : le gîte, ce qu'il faut pour faire ripaille et les femmes de rencontre. En 1812, les soldats du contingent de Wurtemberg, en route pour la Russie, sont guettés par les Polonaises qui essaient de remettre la main sur ceux qui les avaient engrossées en 1807.
Dans les premiers mois de l'Empire, le pillage n'existe pas dans les armées napoléoniennes ; il va surtout se développer dans les pays où les carences sont importantes : Calabre, Espagne, Pologne, Russie. Pour manger, se chauffer, se vêtir, le soldat impérial va devoir nécessairement piller; mais, à force de le faire, il s'y accoutume. Au début, le soldat pille par besoin, puis par habitude, enfin par intérêt.

