

Il n'y a plus d'insurrection d'ensemble dans Madrid. Les combats qui continuent sont épisodiques, mais aussi acharnés. Goya les a vus. Il nous les a légués dans les Désastres de la guerre. Un lancier polonais traîne une femme sur le pavé. Une femme, son enfant sous le bras, perce d'un coup de lance un soldat qui s'abat. Voilà un grenadier le crâne ouvert par un coup de hache, un Espagnol qui lève son poignard sur un soldat. Partout, sur le pavé, d'affreuses flaques de sang.
Oui, elle est finie, l'insurrection des Madrilènes. Et vaincue. Mais en même temps un implacable processus est engagé. Il y a beaucoup de morts dans les rangs français. Les hommes de Murat crient vengeance. Leur chef va les satisfaire. La répression commence.

D'abord, Murat lance une proclamation dans laquelle il prend la Junte à partie, la rend responsable de l'ordre qui doit régner. Il nomme une commission militaire qui jugera sommairement les insurgés qui auront été pris les armes à la main. Désormais, tout Espagnol qui passe dans la rue est arrêté, fouillé. Malheur à lui s'il porte une arme. Aux yeux des soldats, tout est une arme. Un canif ? Une arme. Des ciseaux ? Une arme. Un infortuné barbier qui s'en va raser un client est arrêté: n'a-t-il pas un rasoir sur lui ? Ceux-là sont empoignés, on les bourre de coups de crosse, parfois on les fouaille à la baïonnette. On les traîne devant la Commission. Il ne s'agit pas de perdre du temps. A peine l'identité déclinée, et la condamnation tombe. La condamnation à mort, bien sûr. On les emmène, soit au Prado, soit au Retiro, ou derrière l'église de Buen Suceso. Ou encore au couvent de Jésus, sur la montagne du Principe Pio.

