L'horreur succéda au désordre
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Le 28 au matin, des attroupements se formèrent dans le faubourg Saint-Antoine. Des ouvriers tanneurs venus de Saint-Marceau, et qui, en traversant la Seine, avaient débauché les ouvriers des quais, les clochards qu'abritaient les ponts et les salariés de la manufacture des Glaces de Reuilly, arrivèrent en renfort. Bientôt, le faubourg grouilla d'une multitude excitée, arrivée des quartiers proches de Saint-Paul et de Saint-Gervais, de Saint-Marceau, des quais, qui s'ajouta aux habitants de Saint-Antoine, mêlant ouvriers, chômeurs et délinquants attirés par l'odeur des rixes et du pillage.
La maison de Réveillon était le point de mire de cette population en colère, dont les éléinents les plus déterminés rêvaient de brutalité. Cette maison, un bel hôtel qui avait appartenu à un riche financier, était située au carrefour de la rue de Montreuil et du faubourg Saint-Antoine et abritait la manufacture au rez-de-chaussée, Réveillon se réservant l'étage et les jardins. inquiet, le lieutenant de police dépêcha 350 gardes-françaises, qui ne purent empêcher les mutins de pénétrer dans la rue de Montreuil. Repliés devant la manufacture, les soldats la mirent en état de défense, la fortifièrent avec des instruments de fortune, échafaudages, chariots et poutres.
Mais il y avait, ce jour-là, courses à Vincennes, et les carrosses des amateurs, qui avaient traversé le faubourg pour s'y rendre, empruntèrent le même chemin au retour. La duchesse d'Orléans commit l'imprudence de passer par la rue de Montreuil. Son mari était si populaire, elle était elle-même un personnage si important que les gardes-françaises, intimidés, lui ouvrirent aussitôt un passage dans leur barricade.
emeutes au faubourg st antoine
Les manifestants s'engouffrèrent à sa suite dans cette brèche, et le dispositif militaire fut anéanti. Réveillon et sa famille n'eurent que le temps de s'enfuir en toute hâte par les jardins, et la maison, envahie, tut pillée. Les meubles furent brûlés, les glaces et les statues brisées. Le pillage dura deux heures et, lorsque les forces de l'ordre, tardivement dépêchées par le lieutenant de police, arrivèrent sur les lieux, l'horreur succéda au désordre.
Les pilleurs avaient pénétré dans les maisons voisines, étaient montés sur les toits et, de là, assaillirent les soldats, précipitèrent sur eux des cheminées et des gouttières, jetant des pierres et des tuiles. Il y eut 12 morts et 80 blessés parmi les forces de l'ordre et plusieurs centaines parmi les émeutiers. Avant même que la révolution fût commencée et que les Etats généraux se fussent réunis, les grandes journées meurtrières qui allaient marquer les années suivantes venaient d'être inaugurées.
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Emeutes en avril 1789