prisonniers en 1940



Prisonniers
de guerre
Ils ont été pris dans des conditions très différentes : ceux-ci, au cours de combats parfois héroïques ; ceux-là, lorsqu'ils tentaient de gagner de nouvelles positions. Certains ont été encerclés au moment où ils espéraient échapper à la tenaille ennemie, d'autres sagement alignés dans la cour d'une caserne ou d'un dépôt comme pour une ultime revue. Tous, cependant, dans le désordre et le désarroi où la France est plongée, forment une masse hésitante, traumatisée par la fatigue et la défaite. Les misères physiques et morales, la faim, la soif, les intempéries, les premières brutalités, l'inquiétude pour l'avenir immédiat ou lointain, achèvent d'user la résistance des esprits et des corps. Dans les colonnes qui titubent le long des chemins, dans les groupes agglutinés entre les parois trépidantes d'un wagon s'échangent les propos les plus divers. Un étrange délire verbal mêle aux plaintes et aux injures les espoirs les plus douteux et les explications saugrenues.

Début de l'histoire