En fin d'année de cours préparatoire, se déroulait la cérémonie de la distribution des prix. Les meilleurs élèves étaient appelés sur l'estrade pour recevoir leur prix, félicités par la directrice, sous les applaudissements des familles dans la salle; ma mère s'y trouvait. Je savais que j'étais bonne élève; j'ai attendu fébrilement, mon nom n'a pas été prononcé. Des sentiments de honte, d'incompréhension m'ont submergée. J'ai été oubliée !
De retour à la maison, ma mère a sorti de son sac un superbe livre, rouge et or. Il s'agissait, je crois, des Fables de La Fontaine joliment illustrées. Le prix d'excellence, le plus
important ! Je n'ai pas compris. Pourquoi ne me l'avait-on pas remis devant tout
le monde? Pourquoi n'avais-je pas eu droit aux félicitations de l'institutrice et
de la directrice, ni aux applaudissements? Il n'avait, dans ces conditions, plus aucune valeur pour moi.
Les lois antijuives touchant l'enfance décrétées par le maréchal Pétain sévissaient.