Le 2 juillet 1962, au lever du soleil, le Ville-d'Oran quitta le port. A moins que ce soit l'El-Djezaïr ou le Kairouan. Il faisait déjà chaud. Des dizaines de familles avaient pris possession de la plage arrière, la plus vaste. Avec des valises, des caisses, des couffins et quelques toiles les hommes avaient construit des abris contre le soleil, le vent et la nuit qu'il faudrait affronter. Des femmes exténuées s'étaient étendues à même le pont. D'autres, déjà, faisaient sécher à la brise le linge qu'il avait fallu laver. Près d'une jeune femme brune, une grand-mère tenait dans ses bras un gosse endormi. Des enfants jouaient à quelques mètres de là. Ils ne savaient pas. Ils étaient innocents.
Un transistor grésilla. La veille, l'Algérie et la France avaient voté.
« 5 993 754 oui pour l'indépendance dans la coopération avec la France, dit le speaker, contre 16 478 non. »
L'aïeule, les yeux pleins de larmes, murmura quelques phrases incompréhensibles. Voilà, c'était fini. L'Algérie était indépendante
Début de l'histoire