Les charbonniers...
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charbonnier en 1900

Les charbonniers constituaient, pour la plupart des villageois, une engeance de voleurs, d'ivro­gnes et de rustres. Ils demeuraient dans les bois, sous la loge de branchages, avec leur famille. Les femmes prenaient leur part d'ou­vrage, de même que les enfants qui consacraient plus de temps aux fagots qu'aux devoirs de classe; la plupart de ces sauvageons, d'ailleurs, ne fréquen­taient guère l'école. Les huttes se grou­paient autour d'une cabane commune plus importante, qui était l'équivalent d'une mairie. Le peuple de la forêt vivait là: les sabotiers, les bûcherons, les fen­deurs. Ainsi se construisaient, dans les clairières, de véritables villages qui, peut-on imaginer, n'étaient pas sans évoquer les bourgades des lointaines époques gauloises.

vieux metier le charbonnier

Les charbonniers d'autrefois menaient une vie de gueux au fond des bois. Ils se nourrissaient chichement de raves ou de patates bouillies, quelquefois de gibier braconné. Le village ne les voyait point pendant quatre ou cinq mois. Ils débuchaient soudain en fin d'été et se dirigeaient droit sur le cabaret. Là, ils rat­trapaient le temps perdu et ne dessaoulaient guère pendant trois semaines. Ils n'en repartaient qu'après avoir bu leur dernier liard. Alors ils se renfonçaient en forêt, plus pauvres que Job, et l'on finissait par les oublier jusqu'à leur sortie suivante (in Les gagne-misère, op. cit.). La soif produisait donc les mêmes effets sur les charbonniers que la faim sur les loups : elle les faisait sortir du bois. En Sologne, à Millançay, on se souvint longtemps d'un de ces bougres, plus noir qu'un cul de chaudron, qui confiait l'in­tégralité de son pécule au cabaretier du bourg. Il passait ses jours et ses nuits à picoler, ne mettant le nez dehors que pour satisfaire des besoins naturels. Le mastroquet atten­dait patiemment que la bourse a vide — c'était convenu —pour flanquer le bonhomme à la rue. Dans le Maine nor­mand, en forêt de Sillé-le-Guillaume, les charbonniers tra­vaillaient principalement pour approvisionner les fourneaux de la métallurgie.

Par un froid matin d'hiver, tout enveloppée de brume, la carriole du charbonnier arrive enfin. Les foyers l'attendent pour réchauffer leurs âtres glacés par le vent, ce vent qui s'engouffre sans pitié partout à travers les conduits de cheminée, les jointures des fenêtres, sous les portes...

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